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31-LES BONS VIEUX ETATS-UNIS D’AMERIQUE

Le Seigneur nous a demandé de retourné en Californie où nous connaissions du monde. Alors en mai, à temps pour la remise de diplôme de l’école biblique de JJ, nous avons emballé nos affaires de France et nous sommes rentés en Californie. Nous voulions établir une base dans le pays des mines d’or, c’était notre rêve. Mais après quelques jours frustrants sans trouver de location, John a dit « Tu vois ? Je t’avais dit que nous ne devions pas rentrer. Si le Seigneur nous voulait ici, nous trouverions de quoi nous loger.»
Le jour suivant j’ai fait un tour en voiture, juste Jésus et moi. Il m’a dit où aller, jusqu’à une localité dont je ne connaissais même pas l’existence, une petite bourgade appelée Cool. Je me suis arrêtée dans une agence immobilière, et comme j’essaie toujours d’avoir le «pouls spirituel » d’une personne, je découvris que j’étais devant une chrétienne née de nouveau. Elle me dit que ce serait un plaisir pour elle de me trouver un endroit où loger.
Elle m’a appelé le matin suivant en me disant que le Seigneur l’avait réveillée pendant la nuit, lui indiquant exactement dans quelle maison nous devions aller. Le constructeur n’étant pas parvenu à vendre, elle l’a appelé pour le convaincre que sa meilleure option était de la louer. Alors, nous avons déménagé dans une maison dans les arbres, ingénieusement pendue à une falaise, avec une plateforme suspendue de chaque côté, le nez dans les arbres, au pied des sommets enneigés du massif des Sierras.
Ensuite nous sommes retournés en Oklahoma pour la remise de diplôme, et prendre nos meubles restés gardiennage, récupérer Jo et le bébé, et retourner en Californie. Certains événements en Oklahoma ont saisi mon cœur d’effroi. Le meilleur ami de JJ était visiblement un homosexuel. Devais-je m’alarmer ou pas ?
« JJ », le pris-je à part. « Tu réalises que ton ami est gay n’est-ce pas ? »
« Impossible ! » Répondit-il avec passion.
“C’est pourtant évident. Je me demande comment cela peut t’échapper. Regarde-le, sa façon de bouger. Regarde qui il observe. Il regarde chaque homme comme une côte de bœuf appétissante», insistai-je.
« Je ne le croirai pas tant qu’il ne me l’avouera pas. » Répondit-il. « Nous avons partagé trop de choses pour qu’il ne me confie pas une telle chose. »
“JJ”, demandai-je en retenant mon soufflé, “tu n’es pas gay n’est-ce pas?”
« Mère ! Cela n’est même pas digne d’une réponse. » JJ claqua la porte derrière lui. A chaque fois que je tente d’aborder le sujet il me dit de ne rien dire.
Jo n’a pas souhaité revenir en Californie avec nous. Elle avait préféré se retourner contre moi et me rendre responsable de tous ses malheurs. Je savais ce que Dieu m’avait dit dans mon cœur, qu’elle vivrait avec nous, mais que je serais impuissante. Elle vivait une relation abusive et je voulais qu’elle s’en aille. Je voulais surtout que ma petite fille parte de là. JJ partait pour le Colorado afin de suivre ses études de droit, et il n’y aurait plus eu personne pour l’aider.
Le jour de notre départ, elle nous a conduit à l’aéroport et nous a déposés sur le bord du trottoir, disant qu’elle ne voulait plus jamais nous revoir. A cette époque John ne s’adressait plus du tout à elle si se n’était pour se moquer. Elle est vite repartie avec mon petit fils qui me faisait signe depuis son siège bébé, et je suis restée là, plantée, abattue par le chagrin. J’ai pleuré tout au long du trajet en Californie. D’une certaine façon j’avais l’impression que tout était ma faute et il me sembla ne pas comprendre la dynamique de notre famille. Qu’est-ce que j’avais fait de mal ? Qu’est-ce qui n’allait pas chez moi ? J’avais le sentiment être à l’origine de tous les problèmes, mais je ne comprenais pas comment! John resta assis, brulant de mépris envers mes émotions.
De retour en Californie, je déballai le mobilier, un lit dans la future chambre de Jo et aussi un dans la chambre de ma petite fille, comme si elles allaient arriver d’un jour à l’autre alors que Jo m’avait bien dit que cela n’arriverait pas. J’ai mis un tapis parisien sous la table à manger pour que ma petite fille ne le salisse pas en jouant, par la foi. Quatre mois plus tard, Jo m’a appelé pour me dire qu’elle n’en pouvait plus de cette situation abusive, et m’a demandé de venir la chercher. J’ai pris le premier avion, et nous avons traversé le pays et enfin la ramener avec son bébé chez elles, dans leur nouvelle chambre.
Au même moment j’annonçai à John que je ne pouvais plus vivre avec lui de cette façon et que nous devions faire quelque chose. Un changement ! Même si je n’y croyais plus vraiment après nos multiples tentatives, peut-être devait-il bénéficier d’une aide professionnelle. Il était d’accord. Il ne se supportait plus. Nous avons consulté un thérapeute chrétien qui nous a évalué l’un et l’autre. Il en a conclu que John avait une ambivalence chimique, lui a prescrit un traitement et une psychothérapie à raison de deux séances par semaine.
J’ai accompagné John les premières semaines, à contre cœur. Pourquoi devais-je m’imposer tout ceci. J’essayais de laisser parler John pendant que je me tordais sur ma chaise, l’écoutant se dépeindre comme un chérubin. Mais même si le thérapeute lui dit, « John, il me semble que vous êtes misogyne. »
« Je ne peux accepter ça, » s’exclama-t-il. « L’autre conseiller m’a aussi dit cela, mais les seules personnes dont je sois entouré sont des femmes. Toutes les amies de Marty sont des femmes. »
« Et bien », dit le thérapeute « Il lui serait difficile d’avoir d’autres amis, à moins qu’ils ne soient homosexuels, mais alors ils seraient misogynes également. Elle ne peut se lier d’amitié avec des hommes hétérosexuels parce qu’ ils seraient mal à l’aise auprès d’un homosexuel. »
John répliqua « je ne crois pas que qui que ce soit ait découvert mon homosexualité. Aucun des couples mariés que nous fréquentons ne le sait.»
“Ils ne le savent peut-être pas consciemment, mais ils le savent. Il n’y a pas de vrai secret dans l’univers. » J’écoutai attentivement tout cela alors que le thérapeute poursuivait. La pensée tordue qui avait longtemps germé dans mon crane de piaf était que nos amis s’étaient éloignés parce qu’ils m’avaient trouvés des défauts. Je revins à la discussion au moment où le thérapeute dit « probablement, beaucoup des problèmes de Jo viennent de votre haine des femmes. »
Il nous a donné deux livres à lire : un au sujet de la misogynie, et un sur la co-dépendance, et beaucoup de ce que j’ai lu s’appliquait à moi. Le thérapeute a analysé John comme étant soit un pervers narcissique, soit une personnalité compulsive/répressive. Il a finit par penché pour la deuxième option parce que John se souciait de certaines personnes, alors que les pervers narcissiques ne soucient de personne d’autre qu’eux-mêmes.
Un jour le thérapeute m’a appelé pour me dire que John ne pourrait plus être dans le ministère chrétien, et que cela avait été une grave erreur de le mettre là. J’étais déconcertée et je me demandai comment j’avais pu faire cela. C’était lui qui avait insisté pour devenir Pasteur. Mais je n’approfondis pas le sujet, je me sentais simplement comme quelqu’un qui avait reçu un coup mortel. J’étais agitée et ma respiration se transforma en souffle court, « Plus de ministère? »
« Plus de ministère » confirma-t-il. « Laissez-moi vous montrer les tests écrits que vous avez remplis. » Il a sorti une grande feuille de graphiques, et m’a montré nos lignes respectives, où je pouvais voir que la mienne rejoignait la moyenne. Je suis aussi normale que n’importe qui. Celle de John en revanche partait dans tous les sens passant du haut vers le bas et outrepassant toutes les autres lignes.
« Comme vous le voyez » dit-il, « John a une personnalité d’ermite. Il ne peut pas supporter la présence de quelqu’un trop longtemps. Il peut vous supporter vous Marty, si vous ne parlez pas trop. Si vous parlez trop, il vous titillera verbalement pour vous amener à vous taire. Il m’a confié qu’il fait la même chose en public. Il serait mieux que vous le laissiez à la maison. Faites votre vie sans lui.
Le thérapeute me montra d’autres résultats, «Vous voyez là, et bien John a de sérieuses tendances suicidaires. Il est comme un baril de poudre prêt à exploser. Je ne saurais insister davantage, tout ceci est très sérieux. Arrêtez de le trainer avec vous dans votre sphère sociale. Arrêtez d’insister pour qu’il soit pasteur. Laissez-le être l’ermite qu’il est au fond. »
L’idée de laisser John à la maison ne m’inquiétait pas. Mais dans mon esprit, je ne pouvais pas exercer le ministère sans lui. Une femme y parvient rarement toute seule. J’ai prié toute la nuit ce soir là. “Dieu,” l’appelais-je. “ Est-ce tout cela veut dire que je ne peux plus te servir dans le ministère? En agonisant je me suis tournée et retournée sur le sol du salon, gémissant de consternation. Finalement, à quatre heures du matin, le Seigneur m’a arrêté. Soudainement j’ai eu comme un flash, Il m’a donné une nouvelle vision d’un bâtiment en forme de croix qui abritait tous les médias, comme je l’avais vu dès le début.
« Tu Me serviras Marty. » dit-Il. Cette fois-ci je reconnus la croix comme étant la croix huguenote, symbolisant les chrétiens français persécutés sous la réforme.
Alors que je ne voyais pas très bien comment, je savais que Dieu était à l’œuvre. J’attendis de voir tout ce qu’Il préparait en coulisses. Je le voyais à l’œuvre dans ma fille. Jo s’étais consacrée de nouveau au Seigneur dans une petite église que nous fréquentions à Roseville. Elle a obtenu un travail à Aubrun, et notre bébé a eu une place dans une garderie. Très honnêtement je ne voyais rien pour moi. Alors ne sachant pas quoi faire ensuite, je ne fis rien.

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